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01 - Préambule

Ce soir là, il pleuvait. Je venais de sortir de l'auto-école, théâtre d'une de mes innombrables séances vidéo de code. Evidemment, je n'avais pas de parapluie, mais ça m'était égal. C'est d'ailleurs une des étrangités dont je fais preuve : j'aime marcher sous la pluie et avoir les cheveux mouillés. Il devait être 17 heures, et nous étions un Mercredi, de Décembre ou de Janvier, si ce détail peut servir à justifier les caprices du ciel. Mon bus partait à 17 heures 30, ce qui me laissait tout juste le temps de m'y rendre.

Je décidai pour une fois, de passer à travers le parc municipal, que je contournais d'ordinaire. Je fus d'ailleurs surpris de voir que, malgré la pluie, un bon nombre de personnes s'y trouvaient. De la petite vieille promenant son chien pour le faire pisser, à la bande d'enfants jouant un vague football, en passant par un groupe de littéraires savourant leur joint quotidien, que je saluai d'ailleurs brièvement de la main. J'enjambais les flaques d'eau terreuse qui recouvraient le sol ça et là, et bientôt, j'étais de nouveau sur le bitume. La gare, où j'attendais mon bus n'était plus qu'à 200 mètres. Il me semblait avoir repéré, sur le trottoir d'en face, une fille fort charmante que j'avais déjà aperçu, vers le lycée. "Semblait", car voyant très mal de loin depuis longtemps, et n'ayant jamais fait l'effort de rendre visite à un ophtalmo, je me devais de laisser cette impression au bénéfice du doute.

J'entrai dans la gare, direction la machine à café. Mon réconfort quotidien à 1 Euro, et il s'appelle "court non sucré". Et en plus, il réchauffe les mains. Je sortis du bâtiment au moment où j'entendis le bruit caractéristique de mon bus de transport scolaire. Un mélange de réacteur atomique et de machine à pain, atténué bien sûr, par les grondements et sifflements des trains partants et arrivants. C'était bel et bien celui-ci. Je traversai rapidement le quai jusqu'au bus, en prenant soin de ne pas regarder dans la direction d'Ayoub, qui m'interpelait. Ce type, il passe sa vie à la gare. Il a 16-17 ans, il bosse pas, il va pas en cours. Quand il voit quelqu'un passer dans la gare, il l'accoste, et à chaque fois, il demande des cigarettes, sauf quand il est saoul et défoncé, dans ce cas là, il se bat avec les gens qui le regardent de travers. Un jovial personnage.

Je m'installai au troisième rang, à gauche, par habitude, mais ce n'est pas plus un choix politique que pratique. Je posai mes affaires sur le siège d'à côté, et je la vois monter à cet instant. C'était bien elle que j'avais vu traverser la rue dix minutes plus tôt. Je l'ai tout de suite trouvé superbe, car naturelle. Assurément pas le genre de fille à pavoiser devant ses amies avec ses nouvelles chaussures, ou à n'avoir comme seuls sujets de conversation que chiffons et maquillage. Exactement ce que je recherchais inconsciement. Il y a des choses, des sentiments qu'on n'explique pas. Seulement, voilà. Pour aborder les filles (j'entends par là sobre), je suis médiocre. Je séduis, je suis maladroit, et je me plante. Je me considère plus comme un Pierre Richard, que comme un Richard Gere.
"Salut ! Tiens, je t'avais jamais vu prendre le car, je savais pas que t'habitais vers chez moi". C'est ce que je lui aurais dit avec le recul. Mais au lieu de cela, je suis resté silencieux, trop silencieux, la gorge sèche. C'est là que tout s'est joué. Je m'en suis rendu compte bien plus tard. On apprend de ses erreurs, et celle-ci, je l'ai regrettée, je la regrette, et je la regretterai encore quelque temps. Comment ficher en l'air une relation potentielle en l'espace d'une fraction de seconde ? Demandez-moi conseil, j'en connais un rayon.

Je suis quelqu'un de fantasque, aux trop multiples visages. Rares sont ceux qui aujourd'hui, peuvent se targuer d'en connaître la moitié.


# Posté le jeudi 02 août 2007 17:33

Modifié le vendredi 03 août 2007 06:36

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